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Étiquette : Rioumajou

Il y a 70 ans, à l’hospice de Rioumajou, un crime sordide resté impuni (3)

Il y a 70 ans, à l’hospice de Rioumajou, un crime sordide resté impuni (3)

Omerta en vallée d’Aure. Une vérité qui dérange

Aucun développement ne me paraît ici nécessaire.

Cette importante affaire criminelle reste encore en 2016 un sujet que l’on évite d’aborder en vallée d’Aure et même au-delà.

Extrait d’un livre de Jacques Longué

Pour écrire ces trois billets consacrés au sordide assassinat de Célestine Tissier, je me suis basé sur des témoignages, des documents d’archives, et de très rares ouvrages.

Parmi ces derniers, Chroniques de Bigorre (1993, Editions Loubatières), un livre passionnant et extrêmement documenté du regretté journaliste et écrivain Jacques Longué.

Je vous en propose maintenant un extrait, p. 83 et 84.

(CDL : Comité départemental de Libération.)

« Les interventions du défunt CDL n’ont pas toutes été opportunes. Par exemple quand la justice ouvrira le dossier du Rioumajou. La tenancière de l’hospice a été torturée et assassinée le 4 juillet 1945. C’est un crime crapuleux dont se sont rendus coupables quatre FFI, chacun ayant reçu une part de 3 000 francs après le forfait.

Le CDL intervient pour affirmer que la justice civile n’a pas à connaître d’une affaire relevant uniquement de la conduite de la guerre ! (La guerre était terminée depuis deux mois au moment des faits). Dans un communiqué, il est dit mot à mot : « L’inébranlable volonté de la Résistance de ne pas tolérer cet ahurissant paradoxe de la poursuite, avec acharnement parfois, de ce qu’elle a de plus pur… »

Il est vrai que T., l’un des quatre inculpés sait beaucoup de choses sur les dessous de la Résistance. Il ne dira rien à l’instruction ni au procès. Celui-ci se déroulera en juillet 1952 devant le tribunal militaire de Bordeaux, à la caserne Boudet. Il n’y a ni partie civile ni témoins à charge. Le commissaire du Gouvernement évoquera les menaces et pressions exercées pour qu’il en soit ainsi. Le verdict sera d’acquittement. »

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En bas, dans la prairie, on aperçoit l’hospice de Rioumajou . (Photo : Michel Bessone)
Il y a 70 ans, à l’hospice de Rioumajou, un crime sordide resté impuni (2)

Il y a 70 ans, à l’hospice de Rioumajou, un crime sordide resté impuni (2)

Je reprends ici la suite d’un premier article mis en ligne il y a plusieurs mois, et dont j’ai aujourd’hui, au regard de nouvelles informations, légèrement remanié le texte.

Une affaire criminelle hors normes, que l’on a voulu étouffer

Grâce au travail de l’enquête, les auteurs de l’assassinat de Célestine Tissier sont donc identifiés et interpellés.

La bande de tueurs se présente alors comme une « patrouille FFI en mission ».

Ils pourraient peut-être chercher à se défendre en arguant qu’ils ont simplement liquidé, certes extrajudiciairement, une collaborationniste ou collaboratrice (à l’époque de l’Epuration, on le sait, la justice française, lorsqu’elle se décidait à poursuivre des auteurs d’exactions même les plus graves à l’encontre de « collabos » réels ou supposés, ne se montrait guère trop regardante).

Or, les assassins ne le font pas, et pour cause, car personne ne les prendrait au sérieux.

En effet, plusieurs points s’opposent totalement à une version pareille. Par exemple :

– Célestine Tissier n’était pas une « collabo ». Aucune preuve n’a jamais été établie ni même rapportée à son encontre pour le moindre fait de coopération avec l’occupant nazi ou le régime de Vichy. Bien au contraire, son aide aux passeurs est attestée par de multiples témoignages, et tous les gens qui l’ont connue l’ont décrite comme une brave femme.

– Lorsque le crime est perpétré début juillet 1945, la guerre est finie en Europe, et cela fait bientôt un an que le département a été libéré (fête de la libération de Tarbes et des Hautes-Pyrénées le 24 août 1944) !

Un « collabo » a été abattu, mitraillé, en vallée d’Aure, à Guchen, le 26 juillet 1944. Depuis, il y a eu d’autres meurtres non élucidés – notamment, dans le Rioumajou, celui du célèbre passeur Angel Moliner – mais nul n’est dupe, il s’agit à chaque fois d’un crime crapuleux ou de règlement de compte personnel n’ayant rien à voir avec la collaboration/ la Résistance.

– Les FFI n’avaient aucune existence légale, en particulier pour commettre une exécution sommaire, au mois de juillet 1945. Rappelons que les FFI ont été dissoutes par décret du 23 septembre 1944 et incorporées dans l’armée régulière.

Les accusés vont donc plaider une autre histoire, susceptible de les faire échapper à une très lourde condamnation.

Ils allèguent qu’ils étaient en service commandé pour rechercher d’éventuels criminels de guerre essayant de gagner l’Espagne. Au milieu de la nuit, ils auraient voulu vérifier si l’hospice de Rioumajou n’abritait pas des criminels de guerre. La tenancière de l’hospice ayant refusé de leur ouvrir la porte, et étant même accueillis par des tirs, ils auraient été contraints d’user de la force. C’est alors que Célestine Tissier aurait reçu une balle.

Cette hypothèse a priori plausible, au moins en partie (faisons une remarque : dans ce scénario, la tenancière, qui a gardé la porte close, a pu penser avoir affaire à des voleurs… ce qui s’est avéré très exactement le cas !), ne répond néanmoins absolument pas aux questions les plus graves.

Quid des tortures et des mutilations qui ont précédé la mise à mort par balle ? La victime n’est-elle pas une dame âgée, attaquée de nuit chez elle ? Toutes ses économies volées et puis réparties entre la bande ? Et le manque absolu de respect dû à l’être humain, en enfouissant la dépouille sous un tas de fumier ? Et la fuite précipitée des lieux du crime ?

Aidés par des réseaux, de puissantes relations, qui souhaitent étouffer l’affaire au plus tôt, ils n’ont face à eux que la famille de la victime, c’est-à-dire de petites gens complètement dépassées par le drame, choquées et ne bénéficiant d’aucun soutien auprès des notables de la vallée d’Aure.

Vu les éléments établis par l’enquête, et malgré les intimidations, la justice conduit l’affaire jusqu’à un procès, qui se tient à Bordeaux en 1952.

Mais le tribunal militaire permanent ne retiendra qu’une seule chose à l’issue des débats : la prétendue mission en service commandé, fait justificatif pourtant extrêmement discutable en l’espèce, et il décidera d’acquitter les tueurs.

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Entrefilet dans la presse du 11 juillet 1945. (Photo : Michel Bessone)
Retour à la montagne d’Aret

Retour à la montagne d’Aret

Une info pratique et touristique très intéressante en vallée d’Aure : depuis la semaine dernière, la route du Rioumajou est ouverte aux véhicules, ce qui permet de se rendre bien plus facilement au point de départ de diverses randonnées.

J’ai pu faire ainsi une sortie hier dans l’après-midi à la montagne d’Aret, à pied puis un peu en raquettes.

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Pour parcourir les derniers mètres, j’ai chaussé les raquettes. (Photo : Michel Bessone)
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Pic de la Niscoude. (Photo : Michel Bessone)
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Pic de Batoua et pic de Cauarère. (Photo : Michel Bessone)

 

La Route des lacs du Néouvielle, ouverte à la circulation… mais exposée au risque d’avalanches

La Route des lacs du Néouvielle, ouverte à la circulation… mais exposée au risque d’avalanches

La Route des lacs est ouverte jusqu’à Artigusse depuis le 8 avril cette année.

Route notoirement avalancheuse, fermée durant de longs mois, elle permet d’accéder au massif du Néouvielle, en particulier aux secteurs de l’Oule et d’Orédon.

Une ouverture vraiment précoce, curieuse quand même, déjà un 8 avril.

La Route des lacs serait donc aujourd’hui – à la date de ce billet – sûre, sécurisée, non exposée aux avalanches ?

J’ai emprunté hier cette route, officiellement ouverte à la circulation, pour aller randonner en raquettes au Soum de Monpelat (2 articles à suivre sur le blog).

Au cours de la rando, j’ai pu constater que 1) l’enneigement dans le massif du Néouvielle reste considérable, 2) le phénomène de fonte est encore peu marqué, 3) la plupart des avalanches habituelles de printemps ne sont pas parties.

Je me suis alors souvenu de ce printemps 1986, il y a juste 30 ans, alors que j’avais été témoin d’énormes coulées qui avaient dévalé et obstrué sur plusieurs mètres de hauteur la Route des lacs (interdite certes à la circulation) quelques jours avant le mois de mai.

Au même moment, le maire de Saint-Lary, Vincent Mir, s’était trouvé aussi piégé, avec des amis, dans la vallée du Rioumajou. La route pour se rendre à Frédancon était comme la Route des lacs pourtant interdite à la circulation, mais rien ne laissait deviner que les avalanches allaient descendre (ravin des Graviers, sous le pic d’Aret).

Evidemment, le maire de Saint-Lary a été secouru sans attendre – ce qui n’a pas été le cas des quelques personnes bloquées sur la Route des lacs…

Mais revenons aux conditions actuelles de la montagne du côté du Néouvielle.

Le site Inforoute 65 ne renseigne rien, endormi sur sa page du 9 avril (réactualisation quotidienne en principe !).

Il ne faut pas se leurrer : peut-être que tout se passera bien durant les prochaines semaines, tant mieux si la fonte opère graduellement.

Néanmoins, la Route des lacs restera toujours exposée non seulement aux avalanches de neige poudreuse, récente, mais aussi aux avalanches de fonte, printanières.

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Les pentes de Hèche Barrade sont gavées de neige. (Photo : Michel Bessone)
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Un excellent repère nivologique pour les connaisseurs. (Photo : Michel Bessone)

 

Le bout de la piste d’Aube

Le bout de la piste d’Aube

Sur la commune de Cadeilhan-Trachère, le bout de la piste d’Aube, avec sa table de pierre et ses deux bancs, constitue le but d’une agréable promenade.

Il permet aussi de bien observer l’entrée de la vallée du Rioumajou en prévision de sorties plus sportives.

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Pic de Tramezaygues et ses couloirs d’avalanches vus cet après-midi depuis la piste d’Aube. (Photo : Michel Bessone)
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Pour le repos du randonneur, au bout de la piste d’Aube. (Photo : Michel Bessone)
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Le pic de Berdalade (zoom). (Photo : Michel Bessone)

 

Le pic de l’Espade. Une splendide randonnée sur la crête frontière

Le pic de l’Espade. Une splendide randonnée sur la crête frontière

Totalement inconnu de beaucoup d’Aurois, ce sommet – qui n’est pas modeste (avec une altitude de 2832 m, il dépasse l’Arbizon) – domine très secrètement le fin fond de la vallée du Rioumajou.

Il est vrai qu’on ne le voit pas depuis les fenêtres, les villages, et les routes goudronnées de la vallée d’Aure.

On peut le gravir à partir de la vallée et l’hospice du Rioumajou. Ou, versant aragonais, en quittant l’ancienne douane espagnole, par la très belle, inaccessible aux véhicules, plus sauvage encore, vallée de Trigoniero.

J’ai préféré ce dernier itinéraire pour retrouver un sommet sympathique, techniquement facile, chargé de plein de souvenirs, à qui je rendais visite plusieurs fois chaque été au début des années 1980 avec des groupes de stagiaires UCPA.

Plein de souvenirs d’une époque où l’on pratiquait la montagne avec davantage de liberté et de responsabilité qu’aujourd’hui.

C’était donc ce mercredi, avec Régis, bénéficiant d’une météo magnifique.

Je m’étais déjà rendu en aller-retour dimanche après-midi au col des Vaches (voir ici sur le blog).

La vallée de Trigoniero est un tel bijou grandiose que l’on ne se lasse jamais de l’arpenter de nos modestes et éphémères semelles de randonneurs.

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Coup d’oeil vers la Munia. (Photo : Michel Bessone)
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Depuis le sommet, le pic d’Arriouère et d’autres cimes. (Photo : Michel Bessone)
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Pic Schrader, voie normale. (Photo : Michel Bessone)
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Lac et barrage d’Urdiceto. (Photo : Michel Bessone)
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Vallon de Castet. Nous sommes versant Rioumajou. (Photo : Michel Bessone)
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Pène de Millarioux. (Photo : Michel Bessone)
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« Lagunas de Mener ». (Photo : Michel Bessone)
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Plana de Trigoniero. (Photo : Michel Bessone)
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Gros plan sur la cabane de Trigoniero. (Photo : Michel Bessone)
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Punta Suelza, Cotiella, Punta Fulsa. (Photo : Michel Bessone)
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Régis au sommet du pic de l’Espade. (Photo : Michel Bessone)
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Ourlet de neige. (Photo : Michel Bessone)

 

Neiges d’automne au col des Vaches (vallée de Trigoniero)

Neiges d’automne au col des Vaches (vallée de Trigoniero)

Traduit en français, c’est le « col des Vaches ». Un nom assez rarement mentionné sur les cartes ou dans les topos.

Le col, le passage, présente pourtant tout son intérêt, permettant de relier la vallée de Trigoniero à celle d’Urdiceto.

On trouve par là une belle montagne bien sauvage qui se prête à la marche hors sentiers.

J’ai fait la rando hier après-midi, en partant de l’ancienne douane espagnole.

L’enneigement est peu épais mais continu dans certains secteurs dès 2200 m.

Bien sûr, il faudra encore attendre avant de chausser les raquettes.

Pour le moment, profitons à pied d’une magnifique arrière-saison !

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Gypaète barbu. (Photo : Michel Bessone)
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Le gypaète à gauche doit être un non adulte. (Photo : Michel Bessone)
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Depuis le col des Vaches, vue en direction de la crête du Moudang et du pic d’Arriouère. (Photo : Michel Bessone)
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Pic de l’Espade. (Photo : Michel Bessone)
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Gorg (lac) de Mener. (Photo : Michel Bessone)
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Pic d’Ourdissetou. Au loin, les pics d’Eriste. (Photo : Michel Bessone)
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Deux grands sommets célèbres des Pyrénées : Posets et Espadas. (Photo : Michel Bessone)
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Punta Suelza. (Photo : Michel Bessone)
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Punta Fulsa. (Photo : Michel Bessone)
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Le soleil se couche derrière la crête de Mener. (Photo : Michel Bessone)
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Par contre, le fond de vallée bénéficie encore du soleil. Cascade issue des lacs de Trigoniero. (Photo : Michel Bessone)
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Une superbe gentiane, qui paraît en pleine forme – nous sommes pourtant en novembre. (Photo : Michel Bessone)
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L’écume du torrent de Trigoniero. (Photo : Michel Bessone)

 

Le pic d’Arriouère et les gorgs de Tringoniero (traversée du Pont du Moudang à l’ancienne douane espagnole)

Le pic d’Arriouère et les gorgs de Tringoniero (traversée du Pont du Moudang à l’ancienne douane espagnole)

Voilà une randonnée vraiment formidable, très intéressante au niveau de l’itinéraire, qui sort des sentiers battus (sauf bien sûr au départ, jusqu’aux granges du Moudang).

J’y étais hier avec Patrice. La veille, nous avions laissé une voiture à l’ancienne douane espagnole.

Nous sommes partis assez tard du Pont du Moudang, après 9h30. Mais le grand beau temps permettait de faire sans souci météo cette magnifique traversée.

Le pic d’Arriouère (2866 m), injustement méconnu, sépare les vallées du Rioumajou – il se situe à l’aplomb de l’hospice de Rioumajou – et de Trigoniero.

Sur les cartes, les Espagnols l’appellent pico de l’Ibonet (diminutif d’ibon : lac, en aragonais), ou Livonet.

Le nom local diffère sensiblement. Traduit en français, c’est le « pic Noir ».

Et les anciens de Parzan ne parlent pas non plus de lagos, ni même d’ibones, mais de gorgs, de gorgues (cf. le mot catalan) de Tringoniero (et non Trigoniero).

La longue rando s’est conclue, cela va de soi, par une traditionnelle assiette chez les Frères Vidallé.

Bref, cette journée aura été un régal !

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Port du Moudang. (Photo : Michel Bessone)
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Patrice au Passage de Lia. (Photo : Michel Bessone)
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Sur la crête, à la fin de la montée. (Photo : Michel Bessone)
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Sommet du pic d’Arriouère. (Photo : Michel Bessone)
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Tout en bas, le site de l’hospice de Rioumajou. (Photo : Michel Bessone)
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Massif de la Maladeta. (Photo : Michel Bessone)
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Mener. (Photo : Michel Bessone)
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Posets. (Photo : Michel Bessone)
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Le plus grand lac de Tri(n)goniero. (Photo : Michel Bessone)
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Vue vers le sud depuis le sommet. (Photo : Michel Bessone)
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Descente sur le lac. (Photo : Michel Bessone)
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Au bord du lac. (Photo : Michel Bessone)

 

Au pic de la Haille

Au pic de la Haille

En partant de Frédancon, l’ascension du pic de la Haille ne présente pas de difficultés particulières à condition de passer au bon endroit.

Il est préférable d’éviter un parcours sur la crête rocheuse sommitale, qui est en fort mauvais rocher.

Cette cime très peu visitée s’aperçoit depuis plusieurs villages de la vallée d’Aure avec l’aspect d’une petite pointe.

Son nom, issu du gascon, peut avoir au moins deux sens, et l’un comme l’autre sont crédibles.

Ou bien « la flamme », la ressemblance avec une grande flamme, un brandon, un feu de joie (hàlhe, halhà). En effet, le pic rougeoie souvent au soleil couchant. Cette explication en rapport avec le feu se rattache peut-être à une tradition ancestrale de feux de la Saint-Jean à Tramezaygues, village situé dans un axe du pic de la Haille et au seuil de la vallée du Rioumajou.

Mais encore « une crête » (halho). Comme la crête d’un coq ? Il est vrai que, depuis la vallée, selon l’heure et le lieu, le sommet du pic de la Haille se remarque tel un appendice rougeâtre dépassant légèrement les monts alentour.

(Les photos qui suivent ont été prises lors d’une rando lundi dernier.)

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Lacs de Consaterre et pic de Berdalade. (Photo : Michel Bessone)
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Les derniers mètres : cailloux, cailloux ! (Photo : Michel Bessone)
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Coup d’oeil versant nord. (Photo : Michel Bessone)
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Pic de Sarrouyes. (Photo : Michel Bessone)
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Vers la vallée d’Aure. (Photo : Michel Bessone)
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Pic d’Estos. (Photo : Michel Bessone)
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Facilement reconnaissable, l’Arbizon. (Photo : Michel Bessone)
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Lacs de Consaterre. (Photo : Michel Bessone)
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Autre lac de Consaterre. (Photo : Michel Bessone)
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Durant la descente, le Lustou. (Photo : Michel Bessone)
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Un pin accroché à la montagne. (Photo : Michel Bessone)
Il y a 70 ans, à l’hospice de Rioumajou, un crime sordide resté impuni (1)

Il y a 70 ans, à l’hospice de Rioumajou, un crime sordide resté impuni (1)

Dans un passé relativement récent, cette affaire criminelle a marqué l’histoire de la vallée d’Aure.

Les circonstances du meurtre et l’épilogue judiciaire sont aujourd’hui très méconnus. En cause, notamment, la frilosité de la presse écrite locale ou régionale de l’époque.

La réalité a été beaucoup déformée dans la mémoire collective. Au gré de la rumeur et des accointances.

Trois articles rappelleront sur le blog les points essentiels de ce qui est bien plus qu’un odieux fait-divers.

La victime : une brave femme

En 1945, Célestine Léontine Tissier avait environ 65 ans (elle était née en 1880 ou 1882 selon les sources – à relever qu’aucun acte de décès ne se trouve dans les registres de Saint-Lary, Estensan, Sailhan, Tramezaïgues) et était déjà plusieurs fois grand-mère.

Elle habitait Estensan, petit village de la haute vallée d’Aure où tout le monde la connaissait sous le nom du père de ses enfants.

Après le décès de celui-ci, Ambroise Soulans, en janvier 1941, Célestine continuait à gérer l’hospice de Rioumajou dont ils avaient été les tenanciers ensemble.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la vallée du Rioumajou fut, on le sait, un lieu de passage pour franchir clandestinement les Pyrénées (« évasions par l’Espagne »).

Courageuse, patriote, la tenancière de l’hospice aidait alors régulièrement les passeurs en signalant au moyen d’un code original la présence ou non d’Allemands dans les parages. A tel endroit convenu, à côté de la bâtisse, elle suspendait ou retirait du linge mis à sécher, ce qui permettait d’alerter de loin les passeurs.

Je reprends les termes utilisés par des personnes – témoins directs, proches, de la famille ou pas – qui l’ont connue à la sombre époque de l’Occupation : Célestine Tissier était vraiment une « brave femme ».

Attaque de l’hospice de Rioumajou dans la nuit du 4 au 5 juillet 1945

Fait assez exceptionnel, le mercredi 4 juillet 1945, en fin de journée, il n’y avait à l’hospice que la gérante et Joseph F., le domestique, un jeune berger d’origine espagnole.

L’hospice est  – pur hasard ? – attaqué cette nuit-là.

Les malfaiteurs admettront eux-mêmes par la suite qu’ils ont agi de concert, de nuit, à plusieurs, et armés.

Des coups de feu sont tirés, échangés, car la gérante et le domestique, barricadés à l’intérieur, ripostent pour se défendre.

Bien que blessé, Joseph parvient miraculeusement à s’enfuir.

Pendant des années, on a pu voir en plein sur la porte de l’ancien hospice de Rioumajou l’impact très net d’une balle datant de cette nuit dramatique et attestant l’existence de l’agression extérieure.

Un meurtre crapuleux précédé d’actes de tortures

Célestine Tissier est maintenant seule. Les bandits ont réussi à pénétrer dans le bâtiment.

Ils torturent la victime avec sadisme – elle sera découverte plus tard les mains affreusement mutilées.

La bande veut faire parler la pauvre femme, savoir où elle a caché ses économies.

Puis les bourreaux abattent la malheureuse (Célestine est tuée d’une balle de carabine d’un diamètre de 5,5 mm, rapporte la presse du 11 juillet 1945).

L’argent se trouvait réparti dans des pots au-dessus de la cheminée…

Le corps de la victime a été ensuite dissimulé sous un tas de fumier

Les assassins pourraient s’enfuir tout de suite, mais ils ne le font pas. Ils veulent auparavant faire disparaître le cadavre de leur victime, masquer le crime.

Sans doute cherchent-ils à gagner du temps et compliquer la tâche future des enquêteurs.

Plutôt que de creuser la terre quelque part, ils enfouissent la dépouille sous un tas de fumier proche de l’hospice. C’est plus facile. Ils n’ont aucun respect pour le corps de la victime. Peut-être pensent-ils aussi que cela aidera à faire disparaître les traces de tortures.

L’arrestation des coupables

Prévenue de l’attaque par le domestique rescapé, la famille de la victime – Barthélemy (son frère, Louis, était le gendre de Célestine) – arrive sur place.

On constate un grand désordre à l’intérieur de l’hospice. Tout a été remué, fouillé. Les pots au-dessus de la cheminée sont vides. Mais la tenancière demeure introuvable.

Ce n’est qu’en cherchant, et cherchant encore, que le cadavre de la malheureuse est découvert.

La gendarmerie de Saint-Lary, le parquet et la police secrète se transportent sur les lieux.

Le jeune berger – coupable idéal – est d’abord accusé. Néanmoins, pareil scénario ne tient pas, et Joseph lui-même porte plainte pour tentative d’assassinat après avoir expliqué qu’il s’est défendu contre les agresseurs à l’aide d’un revolver.

L’enquête avance.

Quatre individus sont identifiés et interpellés.

Un butin s’élevant à 12 000 francs a été réparti à parts égales entre-eux (les enquêteurs ont d’abord cru que 40 000 francs avaient été dérobés).

Meurtre, tortures ou actes de barbarie, vol qualifié (multiples circonstances aggravantes) : les malfaiteurs risquent très gros…

En vertu des articles 303, 304 et 381 du Code pénal, ils sont passibles de la cour d’assises et encourent à différents titres la peine de mort.

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Crête frontalière du Rioumajou… enfin l’Espagne ! Célestine Tissier aidait à la réussite des évasions. (Photo : Michel Bessone)