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Deux églises pyrénéennes « monuments historiques » à l’état d’abandon (2)

Deux églises pyrénéennes « monuments historiques » à l’état d’abandon (2)

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Saint Jean-Baptiste (XVIIe siècle). (Photo : Michel Bessone)
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Hérodiade (XVIIe siècle). (Photo : Michel Bessone)
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Voûte de l’église. (Photo : Michel Bessone)
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Décor au dessus du tabernacle. (Photo : Michel Bessone)
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Vierge à l’Enfant. (Photo : Michel Bessone)
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(Photo : Michel Bessone)
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(Photo : Michel Bessone)
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Le Christ prêt au baptême. (Photo : Michel Bessone)
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(Photo : Michel Bessone)
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Grande statue en bois. (Photo : Michel Bessone)
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Un livre ancien et rare. (Photo : Michel Bessone)
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La date est indiquée : 1777. (Photo : Michel Bessone)
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(Photo : Michel Bessone)
Deux églises pyrénéennes « monuments historiques » à l’état d’abandon (1)

Deux églises pyrénéennes « monuments historiques » à l’état d’abandon (1)

On parle beaucoup de patrimoine ce week-end : voilà les Journées européennes du patrimoine.

L’occasion pour moi d’évoquer sur le blog une sorte de double langage, l’état d’abandon ou presque de deux petites églises de montagne d’un intérêt majeur, l’une classée et l’autre inscrite au titre des monuments historiques.

Leur statut juridique est pourtant censé les protéger !

Que font les élus ? Que font les fidèles ? Que fait la DRAC Midi-Pyrénées ?

Depuis des années personne ne s’alerte, alors que les deux édifices se trouvent dans une vallée très touristique des Pyrénées centrales et sont bien connus des amateurs d’art religieux, roman en particulier.

J’y suis retourné il y a quelques semaines. Les dégâts à l’intérieur sont de plus en plus importants et vont devenir, je le crains, irrémédiables.

Ornées d’extraordinaires fresques (XVe, XVIe ou XVIIe siècle), voisines dans une même commune, la première église, quasiment vide, non entretenue, est envahie et souillée par une importante colonie de chauves-souris, la seconde contient des trésors qui méritent d’être mis à l’abri sans délai et restaurés.

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Flagellation (fin XVe siècle). (Photo : Michel Bessone)
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Baiser de Judas (fin XVe siècle). (Photo : Michel Bessone)
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Miracle de Saint Eloi (fin XVIe siècle). (Photo : Michel Bessone)
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Christ en croix (XVIe siècle). (Photo : Michel Bessone)
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Christ en croix, détail. (Photo : Michel Bessone)
Un monument officiel consacré à une route imaginaire dans les Pyrénées

Un monument officiel consacré à une route imaginaire dans les Pyrénées

Il s’agit d’un monument tout ce qu’il y a de plus officiel, d’une colonne sculptée parfaitement visible encore aujourd’hui au centre de Bagnères-de-Luchon, en bordure du parc des Quinconces.

Le curieux ouvrage qui rappelle une borne milliaire porte la date du 19 septembre 1858. Erigé en l’honneur du préfet de la Haute-Garonne, Auguste-César West, il célèbre une route internationale… qui n’a jamais existé.

Les randonneurs du Luchonnais savent combien l’accès au port (ou col) de la Glère est raide, et exposé aux avalanches durant plusieurs mois de l’année. Versant Vénasque, il y a de nombreuses pentes avalancheuses aussi.

La genèse d’un grand projet de route carrossable entre la France et l’Espagne au centre des Pyrénées, avec tunnel transfrontalier, aura été laborieuse, opposant en particulier les tenants d’une voie par Saint-Girons et la vallée du Salat à ceux favorables au tracé par Luchon et le cirque de la Glère (voir, en plein débat, cet article du Journal de Toulouse paru le 5 janvier 1853).

Lors de l’installation de la colonne – une cérémonie en grande fanfare – aucune « route d’Espagne » n’avait été réalisée, mais seulement un sentier muletier de 12 kilomètres de long sur 1,50 mètre de large, entre l’Hospice de France et le port de la Glère. Au-delà, vallon aragonais des Gourgoutes, pas le moindre aménagement ne prenait la suite.

A ce moment, fin septembre 1858, l’idée était encore de transformer plus tard le simple sentier muletier désormais ouvert jusqu’au col à 2367 m d’altitude, c’est-à-dire la frontière, en chemin vicinal classé « chemin de grande communication ».

Mais le projet majeur restait de construire une véritable route carrossable internationale. Pour cela, un tunnel devait nécessairement être creusé bien en dessous du col de la Glère. L’entrée se serait située côté français dans la partie inférieure du cirque vers 1650 m semble-t-il, en tout cas avant les premiers ressauts. La fameuse route aurait donc emprunté le tunnel.

Un « rêve ferroviaire » complétait l’ensemble : il était prévu de plus qu’une voie ferrée passe par le vallon de la Glère. Cette ligne aurait permis de relier en train Toulouse à Barbastro puis Barcelone ou Saragosse. Disons, la TCP (Traversée Centrale des Pyrénées) de l’époque !

Pour des précisions sur les différents projets et la colonne, se reporter ici à un livre, édité en 1860, de E. Lambron et T. Lézat (p. 800 à 804).

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La colonne offerte par la ville de Bagnères-de-Luchon. (Photo : Michel Bessone)
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Reconnaissance pour la « route d’Espagne par le col de la Glère ». (Photo : Michel Bessone)

 

Les élus de la haute vallée d’Aure visitent le site extraordinaire de la Verna, au Pays basque

Les élus de la haute vallée d’Aure visitent le site extraordinaire de la Verna, au Pays basque

A l’invitation de la SHEM, les élus des communes réunies dans la Communauté de Communes de la Haute Vallée d’Aure se sont rendus mercredi 11 juin en Haute-Soule, au Pays basque, pour visiter le site géologique hors normes de la Verna.

La journée était organisée par Patrick Rivière, élu de Guchan et responsable du Groupement du Louron de la SHEM.

Je faisais partie du voyage en tant que 1er adjoint à Cadeilhan-Trachère.

Haute de 194 m et d’un diamètre de 245 m, la salle de la Verna – une des dix plus grandes salles souterraines connues de la planète – pourrait contenir six fois la cathédrale Notre-Dame de Paris…

Une rivière chutant en cascades tumultueuses traverse cette immense salle qui s’est formée il y a environ 200 000 ans.

Réalisation remarquable et innovante, La Verna allie une mise en valeur touristique (découverte de la grotte à destination du grand public) ou sportive (randonnées spéléo tous niveaux) à une exploitation hydroélectrique parfaitement intégrée à ce site naturel exceptionnel.

Voilà le fruit du partenariat réussi entre 3 entités : la SHEM, le SIVU regroupant les communes de Sainte-Engrâce, Arette et Aramits, et le comité départemental de spéléologie.

Notre guide, le spéléologue Jean-François Godart, nous a fait revivre avec passion l’histoire parfois dramatique (accident de Marcel Loubens en 1952) de l’exploration des réseaux souterrains de la Pierre-Saint-Martin.

A l’issue de la visite, de retour au charmant village de Sainte-Engrâce, un repas savoureux nous attendait à l’auberge Elichalt.

Avant de partir, les amateurs d’art roman ont pris le temps d’admirer les curieuses sculptures de l’église abbatiale.

Bref, une excellente et très enrichissante journée !

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Nous faisons une halte à la centrale hydroélectrique de Licq-Athérey. (Photo : Michel Bessone)
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Avant la visite, présentation générale du site de la Verna en évoquant son aventure humaine. (Photo : Michel Bessone)
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Le spéléologue Jean-François Godart est notre guide passionnant. (Photo : Michel Bessone)
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Statuette protectrice de sainte Barbe à l’entrée de la galerie d’accès. (Photo : Michel Bessone)
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Dans la gigantesque salle de la Verna. Chaque mannequin éclairé a une taille de 1,85 m. (Photo : Michel Bessone)
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On distingue au loin les deux mannequins éclairés. (Photo : Michel Bessone)
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En suivant le long de la conduite. (Photo : Michel Bessone)
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Passage au-dessus de la prise d’eau. (Photo : Michel Bessone)
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La rivière souterraine débouche des profondeurs. (Photo : Michel Bessone)
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Plein de questions à poser ! (Photo : Michel Bessone)
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De retour à Sainte-Engrâce. Portail roman de l’église, avec tympan à chrisme. (Photo : Michel Bessone)
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Vierge à l’Enfant du chapiteau de l’Adoration des mages. (Photo : Michel Bessone)
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Une partie du groupe d’élus aurois avec des représentants de la SHEM. (Photo : Michel Bessone)

 

Chez mes amis au Bangladesh. Un voyage d’exception (6)

Chez mes amis au Bangladesh. Un voyage d’exception (6)

Lorsque l’on entre à l’intérieur de la maison de famille de Rubel, on découvre plusieurs panneaux peints qui ornent joliment le mur de la première pièce.

Avant d’être la demeure des parents de Rubel, Mosharef et Piara, c’était celle de ses grands-parents, Muslim et Aïcha, avec leurs 6 enfants (5 garçons, dont Mosharef, et une fille, Fatima).

C’est Fatima qui a réalisé les peintures, à l’âge peut-être de 14 ou 15 ans, décorant aussi un gros meuble de la lettre initiale du prénom de chacun de ses frères et du sien : D pour Delwar, M pour Mosharef, F pour Farouk, etc.

Les portes en bois de l’extérieur et de l’intérieur de la pièce ont été quant à elles sculptées par un artisan.

Fort sympathique, un message de bienvenue s’adresse à toute personne qui franchit le seuil de la maison.

L’ensemble est charmant et riche de symboles religieux ou profanes. Colombe, paon, fleur, n’ont bien sûr pas été choisis par hasard. La mère et les enfants sont le coeur intime du foyer.

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Dans la pièce d’entrée. (Photo : Michel Bessone)
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A gauche, porte de l’extérieur. (Photo : Michel Bessone)
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« Bienvenue à tout être humain. » (Photo : Michel Bessone)
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« Aïd Moubarak », une salutation parfaitement traditionnelle.                  (Photo : Michel Bessone)
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Ces deux lettres au centre signifient le mot « mère » en bengali.            (Photo : Michel Bessone)
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Moyour (paons). (Photo : Michel Bessone)
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Ghoughou (colombes). (Photo : Michel Bessone)
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Un peu comme des rameaux s’élevant d’un urceus antique (voir articles « Antiquité » sur le blog)… (Photo : Michel Bessone)
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Ici encore, harmonie du dessin et des couleurs. (Photo : Michel Bessone)
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Le meuble décoré par Fatima. (Photo : Michel Bessone)
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Ornement d’une porte. Ghoughou. (Photo : Michel Bessone)
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Motif floral. (Photo : Michel Bessone)
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Ananas (il en pousse au village). (Photo : Michel Bessone)

 

Trois mystérieuses sculptures d’animaux (3)

Trois mystérieuses sculptures d’animaux (3)

L’ « ours » de Poubeau

Elle est imposante par sa taille et son allure, cette bête campée à l’angle nord-ouest de l’église de Poubeau, village du Larboust, dans le Luchonnais.

Juste en dessous, on reconnaît le linteau roman à chrisme dont j’ai déjà parlé ici sur le blog.

La sculpture animalière – médiévale aussi, probablement – présente l’originalité technique d’être un bas-relief avec deux champs différents, l’un de face, l’autre de côté (observez le bloc et la disposition de la patte avant gauche), et alors que la tête est en ronde-bosse.

Pourvu d’une très longue queue et doté de pattes qui ne sont pas du tout celles d’un plantigrade, le quadrupède ne saurait être un ours – même si l’habitude a parfois été prise de le surnommer ainsi.

Le sexe reste apparent. La tête, en fort mauvais état de conservation, laisse à peine deviner la denture et les narines, les yeux, et de courtes oreilles.

Il pourrait s’agir d’un gros chien.

Un molosse vigilant qui fait fuir les puissances maléfiques, le gardien protecteur de l’église ?

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Deux remplois (non gallo-romains) à un angle de l’église. (Photo : Michel Bessone)
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La bête surplombe le linteau à chrisme. (Photo : Michel Bessone)
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C’est un grand animal digitigrade. (Photo : Michel Bessone)
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On devine un peu la denture et les narines. (Photo : Michel Bessone)

 

Trois mystérieuses sculptures d’animaux (2)

Trois mystérieuses sculptures d’animaux (2)

Le monstre de Ris

Un bas-relief tout à fait insolite se trouve dans un mur à Ris (vallée du Louron), chez un particulier. Mais on observe la pierre aisément depuis la route, un peu en amont de l’église.

Quelle est donc cette représentation d’animal très puissant, féroce, à l’évidence carnassier ?

Il s’agit, semble-t-il, d’une créature fantastique, d’un monstre.

La queue bizarrement trifoliée ne peut en aucun cas correspondre à celle d’une bête réelle (loup ou lion par exemple).

On dirait presque la gueule d’un crocodile prolongeant le corps d’une sorte de grand fauve, comme s’il y avait eu un croisement d’animaux.

Fort curieux aussi, ce caractère hypersexué voire ithyphallique.

Le traitement en couronne des poils du cou et du torse mérite toute notre attention.

Une grande vigueur se dégage du tableau. La bête sait où elle va, musclée, bien solide sur ses pattes redoutables.

Par certains côtés, le monstre de Ris pourrait rappeler la fabuleuse Tarasque de Noves (art celte). Pourtant, si l’on tente de dater la sculpture louronnaise, on pensera à une période beaucoup plus récente. Le travail paraît en effet dater non pas de l’Antiquité (gallo-romaine en particulier), mais plutôt du Moyen Âge, ou même de l’époque moderne.

Une chose est sûre, malheureusement : le bas-relief présente une importante et dangereuse décohésion granulaire à sa base, qui nécessite d’agir pour sa protection sans tarder.

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Le monstre de Ris. (Photo : Michel Bessone)
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Ici, la bête sous un autre éclairage. (Photo : Michel Bessone)

 

Trois mystérieuses sculptures d’animaux (1)

Trois mystérieuses sculptures d’animaux (1)

Intéressons-nous à trois curieux bas-reliefs animaliers que l’on peut découvrir dans des vallées voisines, versant nord des Pyrénées centrales.

Certes, ces sculptures ont chacune une histoire séparée, mais, délicates à interpréter, elles possèdent en commun une bonne part de mystère…

Voici, tour à tour : la chèvre de Pailhac, le monstre de Ris, et l’ « ours » de Poubeau.

La chèvre de Pailhac

Il faut vraiment lever la tête pour distinguer la pierre insérée au sommet du clocher-mur de l’église romane de Pailhac, petit village aurois – dont je recommande le site web, très bien fait (la sculpture en question y est décrite à cette page).

Tout comme le morceau d’acrotère ou antéfixe visible dans le mur de la sacristie, il s’agit sans nul doute d’un remploi gallo-romain.

N’oublions pas que la vallée d’Aure était rattachée à la cité des Convènes (civitas Convenarum), qui avait Lugdunum pour capitale (de nos jours, Saint-Bertrand-de-Comminges).

La scène montre une chèvre broutant les feuilles ou les bourgeons d’un arbre/arbuste. Durant l’Antiquité romaine, la chèvre a été souvent sculptée (v. une note, p. 138).

Mais donner son sens à ce motif champêtre reste difficile. Est-ce une simple image de la vie campagnarde ? Y a-t-il un rapport avec le culte dionysiaque ? Quelle était l’étendue d’une fonction funéraire possible ?

Autre point qui mérite d’être mentionné. Il est très inhabituel qu’un remploi gallo-romain soit placé aussi haut (et bien au centre) d’un édifice religieux de l’ancien diocèse du Comminges. Serait-ce, dans un but conjuratoire, d’exorcisme, parce que la chèvre évoque traditionnellement le Diable ?

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Le bas-relief antique, sous le faîte de l’église de Pailhac. (Photo : Michel Bessone)
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La chèvre broutant. (Photo : Michel Bessone)
Enigmes du « chapiteau de Salomé » à l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou

Enigmes du « chapiteau de Salomé » à l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou

J’ai visité fin septembre, pour la première fois, l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou.

Le lieu mérite toute sa renommée. Bâtie dans un cadre naturel unique, au bord de précipices, sur le flanc du pic du Canigou, l’abbaye médiévale bénédictine tombée en ruines a été reconstruite au XXe siècle. Aujourd’hui, la Communauté des Béatitudes y prie et reçoit avec cordialité touristes et personnes désireuses de faire une retraite.

J’avais l’intention de voir notamment le curieux chapiteau dit « de Salomé ».

Sculpture romane datant du XIIe ou XIIIe siècle, ce chapiteau historié ne se situe pas à son emplacement d’origine. Pour preuve, l’une des quatre faces a été presque collée à un mur par les restaurateurs, la cachant malheureusement à nos regards.

Le frère qui guidait la visite m’a néanmoins précisé qu’une « danseuse » s’y trouve comme sur les trois autres faces.

Le « chapiteau de Salomé » met donc en scène quatre danseuses. Et non pas une seule, celle, la plus souvent photographiée, à l’origine du surnom, car elle peut évoquer une danseuse orientale lascive brandissant dans chaque main un objet semblable à un cimeterre – sabre propre à décapiter le Baptiste (cf. plusieurs articles sur le blog, consacrés à Hérode, Hérodiade, Salomé et saint Jean-Baptiste).

Les deux autres danseuses visibles sont, disons, plus sages. Ici, point de bayadère lubrique aux seins nus mis en relief ! Elles présentent par ailleurs des caractéristiques originales.

L’une, pourvue d’une abondante chevelure, paraît tenir un objet rectangulaire au-dessus d’elle. Serait-ce le plat destiné à recevoir la tête de Jean-Baptiste ?

La suivante est juchée – pour quelle raison ? – sur le dos d’un chien, alors que les pieds de tous les autres personnages reposent sur l’astragale du chapiteau.

Il existe cependant plusieurs détails communs aux différentes danseuses : traits du visage, posture verticale les bras levés, jupes assez similaires, forme particulière du contour.

Ainsi, Salomé ou pas, la même ballerine – si l’on retient l’hypothèse d’une danse plutôt que d’une invocation – peut avoir été représentée sur les quatre faces du chapiteau.

A chaque angle, nous remarquons la présence d’une figure masculine. Cette disposition tout autour du chapiteau induit une continuité dans l’histoire racontée par l’imagier médiéval.

Deux hommes barbus ayant une coiffure identique se tiennent près de la danseuse aux cimeterres. L’un a les mains tranquillement posées sur les genoux. L’autre, avec un chien à ses pieds qui le regarde la tête en arrière, semble jouer d’un instrument musical difficile à identifier.

Plus curieux, voici un buveur (remarquer la bouteille et la coupe) dont la bouche apparaît démesurément béante. Est-ce un ivrogne qui régurgite, quelqu’un qui hurle ou chante à plein gosier ?

Enfin, un ultime étrange personnage à l’oreille gigantesque, avec les mains peut-être placées de manière équivoque, pourrait appartenir au peuple mythique des Panotéens. Mais ne s’agirait-il pas plutôt d’un simple bon fidèle, le pavillon distendu pour mieux entendre la voix divine ?

Notons encore que, dans un but sans doute décoratif, du plomb fondu a été intégré à certaines sculptures (yeux de deux danseuses, tétons).

Au vu de ces multiples éléments, la lecture du « chapiteau de Salomé » s’avère délicate. Plusieurs interprétations sont possibles. On retiendra certes davantage un sujet religieux : la danse de Salomé lors du Banquet d’Hérode, ou plus généralement la dénonciation du péché de luxure, avec une mise en garde contre les effets pernicieux de la danse, de la musique et de la boisson. Vilaine tentatrice, dangereuse castratrice (cf. les cimeterres), la séduisante « Salomé », la femme sensuelle, serait une incarnation diabolique.

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Vue sur l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou. (Photo : Michel Bessone)
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Jardin du cloître de l’abbaye. (Photo : Michel Bessone)
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Face du chapiteau avec la « danseuse aux cimeterres ». (Photo : Michel Bessone)
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La « danseuse aux cimeterres » (détail). (Photo : Michel Bessone)
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Face du chapiteau avec la « danseuse au plateau ». (Photo : Michel Bessone)
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Le « Panotéen ». (Photo : Michel Bessone)
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Face du chapiteau avec la « danseuse au chien ». (Photo : Michel Bessone)
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La « danseuse au chien » (détail). (Photo : Michel Bessone)
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L’ « ivrogne ». (Photo : Michel Bessone)

 

Retour de Collioure

Retour de Collioure

Finalement, j’ai une petite pause après les vendanges à Collioure chez Joaquim Roque – très bonne ambiance de travail d’équipe, j’ai apprécié. Les vignobles sont pentus, il y a parfois de la caillasse qui roule sous la chaussure, mais ce site incontournable de la Côte Vermeille est magnifique. La semaine prochaine, je poursuivrai dans le Bordelais, toujours comme porteur de hotte.

J’ai profité d’un peu de temps libre à Collioure pour découvrir la région, randonner et faire quelques visites. Et je vais mettre en ligne ce week-end sur le blog un article consacré à une virée au pic du Canigou et peut-être aussi un autre, relatif au curieux « chapiteau de Salomé » qui se trouve à l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou.

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Collioure et ses vignes. (Photo : Michel Bessone)
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Vendanges à Collioure sous un (rarissime) ciel couvert. (Photo : Michel Bessone)
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Linteau de l’abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines (1019-1020). (Photo : Michel Bessone)
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Cloître de l’abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines. (Photo : Michel Bessone)
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Chapiteau du cloître. (Photo : Michel Bessone)
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Les Pyrénées finissent ou commencent dans la mer à Collioure. (Photo : Michel Bessone)
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Effet de lune au Rimbau. (Photo : Michel Bessone)
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Statue sur une place de Corneilla-de-Conflent. (Photo : Michel Bessone)
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Rando au pic de Madrès. (Photo : Michel Bessone)